Littérature montagnarde et dames de pic

Suite de l'article paru dans le numéro de mars 2009

Aux Éditions Guérin de Chamonix, cinq livres ont retenu mon attention, car écrits par des femmes passionnées de montagne et évoquant des alpinistes et montagnardes à la forte personnalité. Le plus ancien (troisième trimestre 2002) est celui de l'américaine Lynn Hill (née en 1961), « Ma vie à la verticale ». Il s'agit de l'évocation par elle-même de son parcours de grimpeuse pendant lequel elle fit jeu égal avec les meilleurs varappeurs hommes, démolissant ainsi certains préjugés sur l'infériorité féminine.

Autre reine de l'escalade, la française Stéphanie Bodet (née en 1976) nous raconte son expérience et son exploit aux côtés de son compagnon Arnaud Petit dans l'ascension de la paroi du Salto Angel, au coeur du Vénézuela. (parution en mai 2008).

Autre française, universitaire qui consacrait tous ses loisirs à la montagne, Simone Badier (née en 1936), évoque dans « La dame de pic » les plus grands moments de son parcours d'alpiniste.

Quel plaisir enfin de lire Colette Crosnier, « Henriette d'Angeville : la dame du Mont-Blanc » (mai 2006). Considérée comme la première femme* à avoir gravi le Mont-Blanc en 1838, l'année où l'anglaise Lady Lister précéda le comte de la Moskowa au sommet du Vignemale, Henriette d'Angeville a laissé une correspondance et des carnets sur ses randonnées en montagne qui témoignent de sa riche et forte personnalité. Ne soyons pas trop étonnés des propos ambigus de l'époque qui lui sont adressés tels ceux du syndic de Chamonix : « …sans doute Mademoiselle, vous avez eu un grand mérite à aller au Mont-Blanc, mais il faut convenir que le Mont-Blanc en aura bien moins maintenant que les dames y montent… ».

Enfin, un dernier ouvrage d'avril 2008, dont l'auteur Agnès Couzy est la fille du célèbre alpiniste Jean Couzy, « Femmes alpinistes » aux Éditions Hoebeke, évoque dix-huit femmes de diverses nationalités qui ont marqué l'histoire de l'alpinisme et de l'himalayisme depais Hentiette d'Angeville au XIXe siècle jusqu'à Catherine Destivelle la plus contemporaine et encore Claude Kogan, Chantal Mauduit ou Wanda Rutkiewiecz, la polonaise, ces trois dernières terminant leur vie sur les flancs des « huit mille » himalayens, dont la conquête était un peu leur raison de vivre.

Pour en revenir aux Pyrénées et sur un haut lieu de la vallée d'Aspe, lancez vous dans la passionnante lecture de l'ouvrage d'Ivan et Boris Thomas, « Ansabère, un siècle de conquête ». Vous y apprendrez que la première féminine de la Grande Aiguille fut réalisée par Maïté Ollivier, l'épouse de Robert, l'auteur des fameux guides récemment réédités aux Editions Cairn et aussi que c'est une espagnole Josune Bereziartu qui a réalisé soixante dix ans plus tard en 2007, pour la première fois, l'enchaînement en libre de la voie super-Weissmuller considérée comme la plus difficile, là où le local Christian Ravier avait dû renoncer.

* Marie Paradis, paysanne savoyarde, précéda Henriette d'Angeville en 1808. Comme elle se contenta de suivre et de se faire aider par quelques solides compagnons et arrêta là sa pratique montagnarde, elle n'est pas, le plus souvent, considérée comme la première femme ayant atteint le sommet du Mont-Blanc.