Résumé de la conférence « Écouter les Oiseaux : un émerveillement sans fin » par Olivier Swift, associations Philofauna et Nature Midi-Pyrénées, pour l’association “Les Amis du Parc national des Pyrénées (APNP)” à la Maison du Parc, Tarbes (65) le vendredi 7 juillet 2017, dans le cadre des cinquante ans de la création du Parc national des Pyrénées.

Nous commençons par un rappel de la position systématique des Oiseaux, en partant de la grande lignée des Reptiles dinosauriens. Différentes études montrent aujourd’hui que certaines familles de Dinosaures avaient des oreilles internes développées et des organes annexes d’amplification du son. La cinquantaine de personnes présentes se sont immergées dans la reconstitution d’un chant de Parasaurolophus tubicen, Hadrosauridé ayant vécu il y a 75 millions d’années. Que dire de l’Homme, qui aurait inventé la musique il y a 35 000 ans, par cette flûte en os de Vautour fauve trouvée en Allemagne ? Notre entrée dans le monde musical semble bien récent. Plus tardivement encore, nous nous lançons dans l’enregistrement du son et son analyse.

Les premières représentations graphiques du son se dessinent sous le stylet du sonagraphe. À la fin du XXè siècle, les technologies subissent une progression exponentielle, avec le perfectionnement simultané des enregistreurs numériques, des microphones portatifs, des ordinateurs et des suites logicielles d’analyse. Notre capacité d’analyse devient infinie, et les banques sonores collectent nombre d’enregistrements des espèces du monde entier. La bioacoustique, l’étude des émissions sonores du monde vivant, prend son essor. Les comportements sont également décrits. L’amélioration de l’imagerie complémente celle de la prise de son. Elle révèle des modes d’émission insoupçonnés jusqu’alors.

Comment les Oiseaux font-ils du son ? Les approches sont diverses : bruits de plumes, percussion du bec sur un objet, claquement des mandibules, frappe du poitrail et bien sûr, utilisation de la voix. Quelques exemples de ces modes d’expression sont illustrés, à la fois par des photographies et des restitutions sonores. La salle est soudainement envahit par le tremblement alaire de la Gelinotte huppée, puis par le vrombissement des rectrices de la Bécassine des marais, le claquement des ailes du Pigeon ramier, plus connu sous le nom de Palombe du côté des Pyrénées occidentales. Nous entendons la Cigogne qui claquette ou craquette. Enfin, nous écoutons les tambourinages des Pics épeichette, épeiche, noir, et à dos blanc, ce joyau pyrénéen. Nous enchaînons alors sur les émissions vocales.

Aujourd’hui, l’Oiseau est caractérisé par deux traits morphologiques : la plume et la syrinx. Ce dernier est l’organe de phonation. Mais avant d’aller plus loin, nous établissons le lien entre l’auditif et le visuel, c’est-à-dire les représentations graphiques sus-évoquées. Les sonagrammes se divisent classiquement en trois types : l’oscillogramme, pour l’intensité en fonction du temps ; le spectrogramme, pour la fréquence en fonction du temps, et enfin le pouvoir spectral, pour l’intensité en fonction de la fréquence. Ce dernier suppose traduire le timbre, au regard de la répartition des harmoniques et de leur intensité. Des petites démonstrations sont faites sur un Oiseau et sur la comparaison entre deux humains. Fort de ces acquis, nous revenons sur la syrinx et pouvons enfin aborder le chant des Oiseaux.

La syrinx est située à l’embranchement des bronches et de la trachée. Elle est composée de muscles, de cartilages et de membranes tympaniques. Ce sont deux tubes indépendants, à travers desquels l’air pulsé se met à vibrer. Cela rappelle un instrument de musique ancien, utilisé par les Aborigènes des Terres d’Arnhem, en Australie : le didgeridoo. Une démonstration est faite. Beaucoup d’espèces ont une syrinx rudimentaire, formée d’une seule paire de muscles. C’est par exemple le cas du Butor étoilé. Pour d’autres, elle se complexifie, avec notamment celle des Oscines, un groupe au sein même des Passereaux (les Passériformes), générant des virtuoses du chant. Nous illustrons cette spécialisation par deux espèces du même genre : le Rossignol philomèle et la Gorgebleue à miroir. Plusieurs de ces espèces peuvent même chanter deux mélodies en même temps, par chacune des deux branches de la syrinx. Cela reviendrait à ce qu’un humain puissent chanter en même « La claire fontaine » et « Vive le vent ». L’exemple très démonstratif est celui de la Grive des bois, espèce nord-américaine. Une autre espèce plus locale est l’Étourneau sansonnet, qui pulsent deux mélodies en même temps. Un véritable génie du chant !

Comment reconnaître les Oiseaux par leur chant ? Plusieurs approches sont possibles : la mémorisation de mélodies par la répétition ou le décryptage de structures. Nous optons pour cette méthode. Les chants sont divisés en note simple, notes doubles, en notes multiples répétées, en motifs de notes répétées suivis d’autres notes, de phrases simples et de phrases composées. À travers des exemples sonores, nous discutons de ces structurations et de certaines subtilités. Nous abordons aussi les pièges de confusions avec des Amphibiens ou des Insectes. Ainsi résonnent à nos oreilles la Cisticole des joncs, le Hibou grand-duc, le Petit-Duc scops, la Mésange charbonnière, par une imitation, la Mésange noire, le trémolo de l’Engoulevent d’Europe, le trille de la Locustelle tachetée et du Bruant zizi, puis l’organisation du chant du Bruant jaune et du Pinson des arbres, avec son accent pyrénéen. La symphonie continue avec le Rougegorge familier et ses suspensions cristallines, le discret Grimpereau des jardins, l’envolée interminable et variée de l’Alouette des champs ou encore le délirium du Phragmite des joncs, pour finir sur le maître du chant par l’imitation des autres espèces d’Oiseaux : la Rousserolle verderolle. N’en jetez plus la coupe « auriculaire » est pleine.

Enfin, nous clôturons cette entrée dans le monde sonore des Oiseaux par une démonstration des applications possibles : la reconnaissance individuelle par l’analyse des chants, comme pour le Butor étoilé, le Lagopède alpin, le Râle des genêts ou la Bécasse des bois.

Un grand merci à Sylvie Lieupart et à Muriel Jorda.
Olivier Swift

Quelques références
Roché J.-C. & Chevereau J. – Un guide sonore des oiseaux d’Europe et du Maghreb – 10 CD.
Bossus A. & Charron F. 2010 – Guide des chants d’oiseaux d’Europe Occidentale : Description et comparaison des chants et des cris. Deux CD-ROM. Delachaux et Niestlé, 237 p.
Podulka S., Rohrbaugh Jr R.W. & Bonney R. (eds) 2004 – Handbook of Bird Biology. Cornell Lab of Ornithology, Princeton University Press, Ithaca, New York. 1248 p.