Jean-Daniel François Schrader dit « Franz » est né à Bordeaux le 11 Janvier 1844. Sa vie bascule un jour d’été 1866, lorsqu’invité à séjourner à Pau par un ami, il découvre de sa fenêtre les Pyrénées. C’est le coup de foudre et la naissance d’une passion qui durera 58 ans, jusqu’à sa mort.

Désormais, il consacre ses congés à la découverte de ces montagnes. Séduit par le massif calcaire du Mont Perdu, il décide de réaliser une carte à grande échelle de ce secteur dont la connaissance comporte encore beaucoup de lacunes.

Excellent dessinateur et bon mathématicien, il apprend à fond le métier de topographe. Il invente alors un instrument aussi simple dans son principe que peu encombrant, l’orographe qui permet de faire des levées topographiques en terrain accidenté et d’obtenir de véritables tables d’orientations en modèle réduit.

En 1874, il peut, à partir de ces relevés, réaliser sa première carte du massif de Gavarnie et du Mont Perdu au 40 000ème dont la précision, la lisibilité et l’esthétique sont exceptionnels pour l’époque.

Remarqué par la maison Hachette, il y entre en 1877 pour y occuper la direction de la cartographie. Il y réalisera de nombreuses cartes, atlas, guides et autres ouvrages de géographie.

Membre actif du C.A.F. qu’il préside de 1901 à 1904, il y apporte beaucoup tant par ses talents d’écrivain, d’illustrateur et d’organisation que par ses compétences de topographe et cartographe et par sa connaissance de la montagne.

Outre ces compétences, Franz Schrader consacre le peu de temps qui lui reste à l’art du paysage. La pratique du dessin pris sur le vif accompagne le moindre de ses déplacements en montagne.

Autodidacte dans cette discipline, comme d’ailleurs dans ses nombreuses autres activités, c’est un artiste en osmose avec la peinture de son temps. D’abord influencé par les lithographies romantiques, il va, par la suite, s’attacher à la structure et aux articulations complexes des massifs.

Puis, il se met à considérer la montagne plus comme un phénomène lumineux que comme une réalité géographique. A l’instar de Monet qui déclare vouloir peindre l’enveloppe des choses, Schrader sait que « peindre, c’est reproduire un sujet, non point tel qu’il est, mais tel qu’il apparaît ».

La dernière vue qu’il peint du cirque de Gavarnie en 1923, l’année précédent sa mort, en est une parfaite illustration. Ce tableau trouve une unité toute post-impressionniste dans un large aplat de bleu pur.

Schrader n’est adepte ni du pittoresque, ni du sublime montagnard ; c’est un peintre moderne et certainement le plus grand peintre des Pyrénées. Chez ce personnage d’exception, le sensible se fond avec le scientifique.

L’émotion débouche sur une éthique qu’il résume ainsi : « par le beau dire le vrai ».