La Bigorre était une province « rédimée » en ce qui concerne la Gabelle du Sel. Elle s’était rachetée de cet impôt sous le roi Henri II en 1553 en payant au roi une certaine somme et une fois pour toutes. Tels étaient également le Limousin et l’Auvergne.

Au lieu de greniers, il y avait de simples dépôts de sel où les habitants étaient tenus de prendre cette denrée. Le sel s’y vendait de six à huit livres le quintal alors que dans les pays du centre et du nord du Royaume le sel s’y vendait au prix de quarante à soixante livres le quintal.

Il y avait également les pays « eximés » ou « francs » qui s’en pourvoyaient librement, comme la Bretagne, la Saintonge, le Béarn et les hautes vallées du Lavedan, dont le Val d’Azun.

La Gabelle était le plus impopulaire des impôts à cause des abus et des excès qui s’y ajoutaient par le mode de recouvrement. Les Fermiers Généraux et leurs Commis pratiquaient toutes sortes d’exactions. Il fut même institué une Cours de Justice sous Louis XIV pour juger de ces malversations.

Mais il était difficile de résister à la rapacité des Fermiers Généraux de l’Impôt  qui voulaient percevoir la Gabelle même si on était exempté. Il fallait plaider.

C’est ainsi que par un Arrêt du Conseil d’Etat du 18 janvier 1609, les gens de la plaine de Bigorre furent à nouveau exemptés de la Gabelle du Sel et maintenus dans la faculté d’user de celui du Béarn.

Quand aux Vallées du Labeda, jamais les Fermiers de l’Impôt n’osèrent les troubler dans le privilège dont ils jouissaient, de temps immémorial, de se pourvoir de sel d’Espagne ou de sel de Béarn, à part quelques très rares tentatives dont une au Val d’Azun.  

C’est Colbert, en 1664, qui résolut de soumettre à la Gabelle tous les pays qui s’en étaient « rédimés » et ceux qui en étaient « francs ». Il savait qu’il rencontrerait une forte résistance ; mais tout devait plier devant la volonté du roi.

Colbert

Il nomma Claude Pellot à la tête de la vaste Généralité de Guyenne ; homme énergique, intelligent, sans pitié.

Au lieu d’établir des bureaux de sel, en même temps dans les Landes, le Béarn, la Bigorre, le Comminges et les vallées du Lavedan, il résolut de commencer par les Landes. Les Landes soumises, on passerait à un autre pays.

Mais il échoua complètement. Il n’avait pas prévu qu’il susciterait un défenseur invincible en la personne de Bernard Audijos : sa bravoure était à toute épreuve ; il était habile, audacieux, agissant à l’improviste et par coups de mains bien combinés. La lutte fut incessante et acharnée ; elle commença vers le milieu de 1664 et dura plus de quinze ans.

 En 1665 Audijos était arrivé dans le Val d’Azun avec ses compagnons, accueilli comme le défenseur et le champion de leur propre cause.

Monsieur de la Forest, Commandant des Dragons, au nombre de cinq cent environ, voulait pénétrer dans les Vallées et obtenir de gré ou de force qu’Audijos leur soit livré.

Il envoya un de ses représentants, un Procureur du Roi. Celui-ci, avec ses hommes en armes, arrive à Argelès-Gazost et monte la dure pente en direction d’Arras en Lavedan. Audijos est à la tête d’une troupe de trois mille hommes armés, comprenant les gens du val d’Azun et les Labedanais.

La rencontre tourna mal et le collecteur d’impôts fut jeté dans le précipice. Depuis ce moment, cet endroit est appelé « le Saut du Procureur ». Le Saut eut lieu d’ailleurs depuis le vieux chemin qui passe un peu plus haut.

Au bout de quinze ans de guerre, Pellot ayant définitivement renoncé à établir la Gabelle en leur pays, les Labedanais et les gens du Val d’Azun continuèrent, comme ils avaient fait dans le passé, à se pourvoir librement du sel, soit des Espagnols soit des Béarnais.

Il faut rappeler que la principale et presque unique industrie était l’élevage du bétail ; le sel était pour eux une denrée de toute première nécessité ; ils en consommaient une quantité considérable, pour en donner à leurs animaux, pour saler le foin dont ils les nourrissaient, sans compter les salaisons, seule viande qu’ils mangeassent, et les besoins journaliers de la cuisine.

La Révolution supprima la Gabelle du Sel. Mais l’Empire la rétablit en 1806. Cette fois, pays « eximés », pays « rédimés » et pays de gabelle, tous furent également frappés et forcés de se soumettre.

Les gens d’Azun qui avaient su défendre leurs franchises contre le gouvernement de Louis XIV durent plier sous l’autorité de l’Empire.

L’Empire avait deux moyens d’oppression et d’écrasement, capables de broyer et écraser toutes les résistances : le dépècement de la France en petits morceaux : les départements et, de l’autre, la centralisation administrative.

 Francis Lamathe