HOMMAGE  A  LUCIEN  BRIET
Découvreur du Haut-Aragon

Lucien Briet

C’est à l’âge de 29 ans que Lucien Briet découvre les Pyrénées, à l’occasion d’un séjour à Gavarnie.
Il est tout de suite conquis par ces montagnes et y revient très régulièrement tous les étés, y passant un à deux mois, jusqu’en 1911.
Son point d’attache est d’abord Gèdre (Hôtel de la Grotte), lui permettant des excursions dans les montagnes de Gavarnie et de Héas.

Mais très vite il franchit la frontière et est enthousiasmé par le Haut-Aragon, Ordesa et les vallées environnantes. Il se consacre alors entièrement à l’exploration systématique de ces vallées, de ces villages perdus, de ces grottes, de ces rios, s’intéressant aux habitants, à leurs mœurs, tout en satisfaisant sa passion photographique. Toutes ses campagnes se concentrent dans les montagnes aragonaises comprises entre le rio Cinca (côté est) jusqu’au cours supérieur du rio Ara et du rio Flumen y compris tout l’ensemble de la Pena Montañesa et la Sierra de Guara.

hotel de la grotte

Hôtel de la Grotte en 1895 (cliché L. Briet)

hotel munia

Héas. Hôtel de la Munia Guide Chapelle 1895 (cliché L. Briet)

cascade

Lucien Briet au Mur de la Cascade  de Gavarnie

glacier
Dans les gradins du Cirque de Gavarnie (cliché L. Briet)

 

D’abord fixé à Torla il rayonne ensuite depuis son centre habituel qu’est Boltaña, situé sur la route qui relie Barbastro à Jaca par Biescas.
C’était un gros bourg, très animé, très agricole, avec un climat doux et salubre, favorable aux arbres fruitiers, y compris les grenadiers.
Il a un champ d’opération immense, y compris la spéléologie : vers Alquezar, les gorges du rio Vero, la Garganta de Jenovas, le barranco de Mascun, Viò et le Canyon de Niscle, Bielsa et la crevasse d’Escoaïn etc.

C’est pour lui un véritable plaisir que de rentrer à Boltaña prendre un repos mérité après une absence de deux ou trois jours.
Il loge à l’auberge de San Martin.
Il s’y trouve comme chez lui, se faisant de nombreux amis, fréquentant les autorités civiles, la Guardia Civil, nombreuse de ce côté de la frontière pour surveiller la contrebande et surtout l’introduction illicite des mulets.

Il y a en lui une véritable obsession.
C’est un être enthousiaste, un chercheur méticuleux. Il tient scrupuleusement ses carnets de voyages et ses notes photographiques. Tout est parfaitement décrit : villages de ses gîtes, noms des habitants et de ses hôtes, les barrancos, les grottes, les sources avec toutes sortes d’éléments historiques ou toponymiques.
Il se promène dans les endroits les plus inattendus, souvent insolites, faisant de ce Haut-Aragon son véritable domaine qu’il décrit et fait sien.

Son plus long et plus beau périple est celui de 1911. Soixante dix jours. Son « chant du cygne » avec exploration complète de la vallée d’Ordesa.
Il constitue un superbe périple qui le fait passer par Fanlo, Viò, Buerba et ses grottes, Laspuña, San Victorian, Arro, Aïnsa et Boltaña.

village

Il a l’ambition de réaliser un ouvrage sur ce massif calcaire. Il le juge vite trop important et publie ses récits, très documentés, nombreux, au fur et à mesure de ses campagnes, dans les périodiques pyrénéistes français ou espagnols ou dans les revues de géographie et de spéléologie.
En 1913 il est récompensé par la publication à Huesca d’un gros volume illustré qui rassemble en sept chapitres ses principaux articles. Ils paraissent sous le titre : « Bellezas del Alto Aragon ».
Dans les années qui suivent, durant la guerre 1914-1918 et jusqu’en 1921, année de sa mort il essaie de refondre toute son œuvre. Le manuscrit inédit de 900 pages n’a pas été publié.

Il fut très certainement le grand promoteur du Parc National d’Ordesa qu’il présentait comme un véritable sanctuaire : « il devait être respecté et chéri ». En 1918 les autorités espagnoles lui donnèrent raison et ratifièrent le décret officialisant le Parc.
Il noua en Espagne de solides et chaudes amitiés et devint dans ce pays une véritable personnalité. En 1922 sa mémoire fut honorée : un monument fut élevé « au chantre de la Vallée d’Ordesa » dans la Vallée d’Arazas.

torla
Torla

Nous remarquons qu’il se borna aux régions calcaires de son champ d’action dans les Pyrénées, s’intéressant plus particulièrement aux gorges et aux grottes. Il avait réalisé en France l’ascension d’importants sommets. En Aragon nous le considérons plutôt comme l’homme des vallées, des profondeurs.
Notons également que tous ses manuscrits, archives et collections, clichés photographiques, diapositives sont conservés au Musée Pyrénéen à Lourdes.

FRANCIS LAMATHE