«  La montagne divise les eaux mais réunit les hommes »

Lionel Daudet, dans son ouvrage : (- Le Tour de France exactement – Stock 2014-) nous rapporte cette citation

écrite en trois langues (parler local, italien et français) au sommet du Mont Sorel dans les Alpes maritimes.Lionel Daudet

Des entorses à ce beau principe ont existé ou existent encore dans beaucoup de régions montagneuses.

Très localement, nous nous intéresserons à deux communes aspoises : Accous et Escot.

  Pourquoi lignes de crêtes ou de partages des eaux ne correspondent-elles pas toujours aux limites

territoriales ?

La raison est à rechercher dans l’appropriation des pâturages par les communautés pastorales, toutes

soucieuses d’avoir accès à des zones propices à leurs activités traditionnelles, essentiellement élevage pastoral

et utilisation des ressources forestières.

Dans le cas d’Accous, les contestations ne semblent pas avoir troublé le bon voisinage entre Aspois d’Accous et

Ossalois de Laruns. Dans le second cas, les conflits furent nombreux entre Bielle-Bilhères et Escot et ont laissé des

traces dans les mémoires et aussi dans les textes élaborés à ces occasions.
La vallée d'AspeLe territoire communal d’Accous présente un périmètre assez singulier s’étalant de part et d’autre du gave d’Aspe. Rive gauche, laissant au nord les territoires comnaux de Bedous et d’Aydius, il englobe le cirque limité par les pics de Bergon, Embarrère et Ronglet et au-delà vers l’est les montagnes de Ponce, Iseye et Lhecq avec la cabane laiterine en position centrale, la limite entre Laruns et Accous s’abaissant à environ 1300m dans le bois de Metoura drainé par le ruisseau de Coig Arras. Aucun souvenir de conflit ne semble subsister entre les communes de Laruns, la très grande commune ossaloise, bien pouvue en estives et Accous la capitale (capdulh) aspoise.

Limité au sud-est par la crête s’étirant entre le défilé d’Esquit et le pic Permayou, le territoire accousien s’oriente au sud, s’amenuisant à moins de 200m de large au sud du pont de Lescun (près de l’usine Toyal) pour de nouveau s’élargir entre deux crêtes boisées encadrant le plateau de Lhers, communiquant à l’est avec la vallée du gave d’Aspe (Borce et Etsaut par le col de Barrancq et à l’ouest, par le col de la Gourgue, avec le vallon de Labrénère menant au col de Pau.

Au sud, il devient frontalier avec l’Espagne entre le col de Saoubathou et le pic Rouge d’une part et le pic de Burcq et son voisin le col de Pau, d’autre part.

Les conflits entre Anso l’aragonaise et Accous la béarnaise appartiennent à un passé oublié. Par un accord datant du règne d’Henri IV,  du 14 septembre 1609, Aspe et Anso se jurent « paix éternelle ». Précédant cet accord, les traités de « Lie et passerie » avaient limité les conflits et les éventuels désaccords entre pasteurs étaient réglés par une juridiction. Toutefois, des conflits peuvent éclater entraînant des saisies de bétail ou même des captures d’otages à propos de la montagne de Lacuarde et d’Aillary et l’aurostère  aspoise Marie Blanque* s’en est fait l’écho comme nous le relate André Eygun dans son ouvrage : Peuple  d’Aspe (Aquitaine Communication  1989).

 

 

Peuple d'Aspe                         

 

 

 

 

                                      « Dequets boulurs, meurtriès d’Espagne

                                       Qué an heyt ue mourt ena mountagne

                                        Ena mountagne d’Alhari

                                       James n’y abousse abut cami           

                                      Si cami nou y abè abut      

                                      You a françouès n’aberey pergut.

                                     Ces voleurs, ces meurtriers d’Espagne

                                    Ils ont fait un mort sur la montagne

                                    Dans cette montagne d’Alhari

                                   Jamais il n’y avait eu de chemin

                                  Si nous avions eu un chemin

                                  Mon François je n’aurais perdu !

 

 

 

Beaucoup plus connu et évoqué sur le site des APNP par Francis Lamathe dans un de ses nombreux articles sur le val d’Azun, le tribut des médailles était le résultat d’un conflit qui opposa la communauté lavedanaise d’Arrens à celle d’Accous l’aspoise. L’annaliste Bourdette évoque un conflit vieux de plus de 700 ans ayant causé le massacre d’Aspois en visite en Lavedan.

Que venaient-ils faire si loin de leur vallée d’Aspe ? Conflit pastoral ? Cela semble peu crédible. Il semblerait, selon la version aspoise que les représentants de la vallée d’Aspe venaient réclamer le prix du sel puisé à la fontaine du Saliet à Accous et non payé par les Lavedanais. Toujours est-il qu’après une intervention sans résultat de l’évêque d’Oloron, un interdit de six ans jeté par le pape frappant de stérilité le pays azunais et enfin l’intervention de l’évêque du Comminges, le conflit fut réglé par le paiement annuel et à perpétuité de 30 sols morlas, le jour de la St Michel, dans l’église de St Savin aux syndics de la vallée d’Aspe par les 31 villages de la vallée d’Arrens. A la Révolution, les Lavedanais se libérèrent de cette coutume humiliante.

Dans son guide des Pyrénées MystérieusesGuide

(Ed. Tchou 1993),  Bernard Duhourcau signaleque « Le dernier délégué de la vallée d’Aspe à

venir recueillir le tribut fut le célèbre poète Cyprien d’Espourrins, Aspois par son père et  Lavedanais par sa mère.

 

Le conflit entre Escot et Bielle Bilhères fut sans  doute d’une autre ampleur. Il concernait un

territoire de forme triangulaire avec une pointe sud au pic de l’Ourlène et une base orientée vers

le sud-est allant de la hourquette de Baygrand vers le col de Marie Blanque, parcouru dans sa partie centrale par l’arrec d’Achaux.

L’accord de 1563 signé sous le règne de Jeanne d’Albret ne dura guère. A plusieurs

reprises, les gens d’Escot essaieront de récupérer le territoire contesté. L’étude très détaillée de Jean Joanicot

publiée en 1971 dans la revue Sciences, Lettres et Arts de Pau et également consultable sur Internet en expose toutes les péripéties.

 

Sciences

 

 

 

Les conflits aboutirent en novembre 1832, au meurtre d’un habitant d’Escot. Le meurtrier reconnu en état de légitime défense fut acquitté. Faute d’accord, les troubles persistent. A plusieurs reprises, les habitants d’Escot s’emparent de bestiaux ossalois et exigent des rançons pour les rendre à leurs propriétaires.

 

 

 

A partir du second Empire, avec le début du déclin de la population des vallées béarnaises et donc avec une moins grande pression pastorale, les conflits s’apaisent. Une chanson dite de la bataille d’Achos, à la gloire des vachers de Bielle, se transmet de génération en génération.

Patois

 

A l’inverse, à Escot, à chaque naissance, l’ancêtre de la famille prenait le nouveau né dans ses bras et lui disait avec solennité : «  Hilh, rappel’té, Achos quey dé nousté » (Fils, souviens-toi, Achos est une terre à nous).
La toponymie

 

 

 

 

 

 

 

C’est Marcellin BEROT  qui, dans son ouvrage

« La vie des hommes de la montagne dans les

Pyrénées, racontée par la toponymie »,  dans le

chapitre consacré aux Limites et partage du

territoire pastoral nous rapporte des exemples

de « batailles pour l’herbe ».

 

 

 

 

 

 

 

Pour conclure, nous dirons que pour le promeneur ou le randonneur, il est parfois utile ou au moins intéressant d’être, un peu au fait de ce passé d’appropriation de l’espace montagnard utile au pastoralisme pour mieux comprendre ce qu’il aurait tendance à considérer comme des bizarreries du tracé de la délimitation des territoires communaux ou frontaliers. Et parfois aussi, il comprendrait mieux certaines attitudes ou certains propos des montagnards, entendus au sens de ceux qui vivent de et dans la montagne .

 

  • Marie Blanque (Marie Asserquet) 1765-1849
  • S’exprimant en Béarnais, la dernière pleureuse de la vallée d’Aspe, originaire d’Osse en Aspe, était douée d’un véritable sens dramatique.
  • On a conservé d’elle une dizaine de chants funèbres ou aurosts, textes violents et agressifs, souvent diffamatoires, mis au service d’une forte théâtralité.
  • Les plus connus : l’Aurost a Laclèda et l’Aurost a la veudeta de quinze ans. M. G. in Le dictionnaire des Pyrénées  (Editions Privat 1999

Article de Yvon LAHELLEC