Lorsque BOTANIQUE et MYCOLOGIE s’associent

Mi-mars je me suis promenée avec une amie  à Bielle en vallée d’Ossau sur un terrain où on nous avait signalé pas mal de floraisons.

Devant une euphorbe (Euphorbia amygdalioides) , cette amie me dit : as-tu déjà vu une euphorbe qui émet ce parfum ? Nous testons toutes les deux : effectivement cette plante émettait un puissant parfum et elle n’était pas en fleurs.

J’en prélève deux feuilles pour ne pas arracher la plante, regarde à  la loupe et voit des petites sphères oranges.

J’en tire une conclusion rapide : ce sont peut-être des glandes odoriférantes ! A vérifier.
Je mets  les feuilles en poche et oublie.

Je m’en souviens le lendemain. Les feuilles étaient bien dessèchées mais sentaient toujours aussi bon. A la loupe binoculaire je vois toujours des minuscules sphères qui évoluent avec une petite ouverture. Rien de précis. Je cherche dans mes flores, rien.

Je recontacte mon amie et habitant plus près de Bielle que moi,  elle va me récolter deux plantes, 15 jours après, l’une odorante, l’autre, non, et me les donne.

En quinze jours les euphorbes avaient grandi et évolué. L’odorante ne paraissait pas avoir un développement normal, l’autre si.

Je me suis alors souvenue qu’Euphorbia cyparissias pouvait être parasitée par un champignon qui empêchait son développement et avait alors un aspect anormal car envahie par une urédinale (champignon faisant partie des rouilles) se présentant à l’envers de la feuille comme de petites cupules oranges très jolies, Uromyces pisi.

Je remets à la binoculaire, au microscope, c’est bien une urédinale, mais ce parfum ? Avec Euphorbia cyparissias pas de parfum.

Recherche faite, Euphorbia amygdaloides est parasitée spécifiquement par une urédinale : Endophyllum euphorbia-sylvaticae (D.C.) Wint, qui provoque une hypertrophie végétative très odorante de la tige florale. Cette rouille ne paraît qu’à la fin de l’hiver et  disparaît rapidement, raison pour laquelle on ne l’observe pas souvent sans doute alors que celle d’Euphorbia cyparissias ne s’observe qu’en été et automne.

Texte de Christine Girard

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