L’affaire du collier et son approche des Pyrénées

En juin 1781 Ramond est au service du Prince Louis Edouard de Rohan, Evêque de Strasbourg, Cardinal, Grand Aumônier de France. Ce dernier fut ambassadeur de France à Vienne mais il est tenu à l’écart du pouvoir par l’hostilité de l’Impératrice d’Autriche Marie Thérèse, agissant à travers sa fille la Reine de France Marie-Antoinette.

Le cardinal, qui a le goût du faste, est un être à la fois crédule et très ambitieux. Il fera tout pour arriver à ses fins c’est-à-dire devenir Premier Ministre.

Cardinal de Rohan

 Cardinal de Rohan

La vie de Ramond, pendant les six années auprès du Cardinal, de 1781 à 1786, donne une impression de déplacements incessants, de palais en palais.

Une grande influence dans la vie du Cardinal est celle du Comte de Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo, né à Palerme. Et c’est Ramond qui sera chargé des rapports avec ce fameux charlatan qui se dit guérisseur, prestidigitateur, alchimiste ; il crée une franc-maçonnerie égyptienne dont il sera le « Grand Cophte ».

Ramond travaille avec lui dans son laboratoire et l’assiste dans ses opérations de transmutation de mercure et d’or; il se prête même au jeu maçonnique et prête serment avec le Cardinal selon le « rite égyptien ».

Le Cardinal, totalement victime des mystifications de Cagliostro, essaiera de favoriser son établissement à Strasbourg.

C’est à ce moment qu’apparaît Madame de la Motte qui se dit Comtesse; c’est une belle femme, intrigante et audacieuse en combinaisons. Elle se dit honorée en secret des bontés de la Reine et le fait croire au Cardinal. Ce dernier tombe dans le piège; et c’est là que s’engage la grande mystification : rencontre des joaillers de la Couronne – créateurs d’un bijou fabuleux (2840 carats) – rendez-vous du Bosquet de Vénus à Versailles où le Cardinal, en pleine nuit, l’espace d’un instant, croit parler à la Reine; signature des traites; livraison du bijou volé en fait par la Comtesse ; vente des pierres à Londres ; arrêt du Cardinal dans la Chapelle du château de Versailles ; emprisonnement à la Bastille ; long procès devant le Parlement de Paris.

Madame de la Motte

 Madame de la Motte

Ramond, « Conseiller Intime » du Prince de Rohan, eut certainement un rôle important dans cette affaire du collier. Ce fut lui, par exemple, qui fut chargé de se procurer auprès des joailliers d’Angleterre des preuves légales de la vente des pierres du collier par Monsieur de la Motte et ses complices. Sa mission à Londres fut un succès décisif. Ramond était adroit, intelligent, parlait parfaitement l’anglais et passait pour être le confident des secrets et des liaisons de son maître avec Madame de la Motte.

Il revint de Londres avec des dépositions légales innocentant le Cardinal et prouvant bien que le collier n’avait pas été vendu pour le compte de ce dernier.

Ce fut lui également qui remplit une mission essentielle : dès qu’il est arrêté le Cardinal a le temps de griffonner quelques mots. L’abbé Georgel, chef du Cabinet Ecclésiastique et Ramond auront le temps d’aller au Palais Cardinal à Paris et détruire toutes les soi-disant lettres de la Reine contenues dans le portefeuille rouge.

Ramond de Carbonières

Ramond de Carbonnières

Le Cardinal fut acquitté mais la Reine obtint du Roi que le Grand Aumônier fut exilé.

C’est ainsi, qu’en juillet 1787, plusieurs carrosses, dont plusieurs de belle apparence, arrivent à Barèges. C’est le Cardinal et sa suite dont fait partie Ramond.

Pour les fervents du Pyrénéisme c’est à ce moment que le véritable Ramond est né, avec ses beaux livres et ses carnets enchanteurs. On s’enthousiasme vite, dès ses premiers écrits de ce contact envoûtant avec les Pyrénées.

Il s’élance aussitôt au Pic du Midi (où il montera 35 fois) ; il entraîne la troupe à Gavarnie. C’est à la fois un savant et un amoureux des montagnes. Il découvre les hautes montagnes de Luchon, s’enthousiasme pour les Monts Maudits et la Maladetta ; il excursionne dans la vallée d’Aure, la vallée du Louron  etc.

Il quittera Barèges à la fin du mois d’aout.

On peut l’imaginer alors, politicien, savant, botaniste, vivant à Paris entre Ursule, son amie de cœur et sa sœur Rosalie.

Il  commence l’écriture de son ouvrage sur les Pyrénées où il reviendra si souvent pour mieux les connaitre, en saisir la formation et s’enthousiasmer de leur beauté.

Francis Lamathe